Le charbon a fait Lens. En un siècle, un bourg de quelques milliers d'habitants est devenu la capitale d'une des plus grandes compagnies minières de France. Le dernier puits a fermé, mais le paysage est resté, et il est désormais inscrit au patrimoine mondial.
Lens est alors une petite place forte de l'Artois. Le Grand Condé y bat les Espagnols, une victoire qui prépare le rattachement de la région à la France.
Le prolongement vers l'ouest du gisement du Nord est découvert dans les années 1840. La Société des Mines de Lens est fondée en 1852. Les fosses se multiplient, et avec elles les cités ouvrières, les écoles et les églises. Lens comptait moins de 3 000 habitants en 1851, elle en aura plus de 40 000 au début des années 1960.
La ville reste occupée quatre ans, juste derrière le front. À la fin, il ne reste presque rien : Lens est détruite à plus de 90 % et les puits sont noyés. Lire aussi Lens, ville martyre.
La Compagnie reconstruit ses fosses et ses cités, la ville reconstruit son centre. C'est l'âge d'or de l'Art déco à Lens : la gare, les Grands Bureaux, l'église Saint-Léger, les façades de la place Jean-Jaurès.
Les compagnies deviennent les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais. La « bataille du charbon » de l'après-guerre marque l'apogée des effectifs : plus de 220 000 mineurs vers 1947.
Les fosses ferment les unes après les autres. La fosse 9, à Lens, s'arrête en 1960. Le 11/19 de Loos-en-Gohelle en 1986. En 1990, la dernière gaillette du bassin est remontée à Oignies. Plus de 200 000 emplois de la mine ont disparu.
Le 30 juin 2012, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il est classé comme « paysage culturel évolutif vivant » : 353 éléments répartis sur 120 km. En décembre, le Louvre-Lens ouvre sur le carreau de la fosse 9.
Un terril, c'est le stérile de la mine : la roche remontée avec le charbon, puis déversée en tas pendant des décennies. Ceux de Lens sont devenus des collines où l'on randonne, des réserves naturelles, et même une piste de ski.
Deux cônes parfaits qui culminent à 186 mètres d'altitude, soit près de 150 mètres au-dessus de la plaine. Ils sont présentés comme les plus hauts terrils d'Europe. On les voit depuis Vimy, depuis l'autoroute, depuis tout le bassin. La montée et la descente prennent environ une heure. Un palier panoramique à mi-hauteur offre déjà une vue sur la plaine et sur Lens.
À leur pied, la Base 11/19 occupe l'ancienne fosse, avec sa tour d'extraction en béton de 66 mètres et le chevalement métallique du puits 11. La fosse est fermée depuis 1986 et classée monument historique. On y trouve la scène nationale Culture Commune et le CPIE Chaîne des Terrils, qui organise des sorties nature gratuites.
Il ne cherche pas la hauteur : c'est une longue échine de 1,75 kilomètre, le plus long terril d'Europe. Formé à partir de 1907 et protégé depuis 1982, il est devenu un espace naturel sensible géré par Eden 62.
Trois sentiers balisés, de 1,6 à 3,6 km, traversent une végétation étonnante. La roche noire chauffe au soleil, ce qui permet à des plantes et des insectes d'habitude plus méridionaux de s'y installer.
Depuis 1996, un terril de Nœux-les-Mines porte une piste de ski synthétique de 320 mètres, pour skier toute l'année. Au pied, un plan d'eau de 9 hectares accueille téléski nautique et baignade. C'est le symbole le plus spectaculaire de la reconversion du bassin.
On rejoint le terril depuis la Base 11/19 par une passerelle verte. Le sentier monte ensuite en lacets dans le schiste noir, entre bouleaux et buissons. Plus haut, la végétation se raréfie. Il ne reste que des plantes pionnières, capables de pousser sur une roche qui chauffe au soleil.
Au sommet, la vue embrasse tout le bassin. On découvre Lens et ses cités, la tour du 19 tout en bas, la plaine de l'Artois et, par temps clair, la crête de Vimy. C'est la meilleure façon de comprendre ce paysage façonné par la mine.












Photos des terrils du 11/19 : septembre 2005.
Autour de chaque fosse, la Compagnie construisait une cité : des maisons en brique alignées avec leur jardin, une école, une église, un dispensaire, parfois une salle des fêtes. Le mineur y vivait du berceau à la retraite, dans un monde organisé par la Compagnie.
Deux cités lensoises font partie du bien UNESCO :
Le plus simple pour les découvrir est de partir à pied du Louvre-Lens. Les cités commencent au bout du parc, et les anciens cavaliers, les voies ferrées de la mine, servent aujourd'hui de chemins de promenade.
C'est le château de la Compagnie. Construits de 1928 à 1930 par les architectes lillois Louis-Marie Cordonnier, celui de Notre-Dame-de-Lorette, et son fils Louis-Stanislas, ils devaient montrer la puissance retrouvée de la Société des Mines de Lens après la guerre.
La façade en brique et pierre mesure plus de 80 mètres, avec ses hauts pignons et ses lucarnes à la flamande. L'intérieur est plus moderne, avec un décor Art déco. Devant, le jardin à la française a été dessiné par le paysagiste Achille Duchêne.
Depuis 1991, le bâtiment abrite la faculté des sciences Jean-Perrin de l'université d'Artois. Il est inscrit en partie aux monuments historiques depuis 2009. Le jardin se voit librement. L'intérieur ne se visite que lors de visites guidées ponctuelles, notamment aux Journées du patrimoine.




Regardez-la de profil : c'est une locomotive à vapeur. L'architecte Urbain Cassan a dessiné un long bâtiment bas de plus de 80 mètres, sans étage pour résister aux affaissements miniers. La tour-horloge de 23 mètres figure la cheminée.
À l'intérieur, les mosaïques d'Auguste Labouret racontent le rail et la mine. Les ferronneries sont d'Edgar Brandt. C'est l'une des plus belles gares Art déco de France.
L'ancienne église a été détruite en 1916. La nouvelle reprend presque à l'identique la silhouette de l'ancienne, mais en béton armé, plus léger, pour mieux résister aux affaissements miniers. Elle domine le centre-ville, à deux pas de la place Jean-Jaurès.
Elle est née de la colère qui a suivi la catastrophe de Courrières en 1906. Les mineurs l'ont financée eux-mêmes. Détruite pendant la guerre, elle est reconstruite presque à l'identique et rouvre en 1926. Avec son balcon-tribune et son bas-relief de trois mineurs, c'est l'une des trois maisons syndicales de mineurs de France.
Là encore, la mine n'est jamais loin. La Compagnie achète le terrain en 1929, des mineurs participent au chantier, et le stade inauguré en 1933 porte le nom de Félix Bollaert, président de son conseil d'administration. Le nom d'André Delelis, ancien maire, y a été ajouté en 2012, après sa mort.
Le Racing Club de Lens, fondé en 1906, a été champion de France en 1998. Ses couleurs « Sang et Or » et son public font partie de l'identité de la ville. Bollaert a accueilli l'Euro 1984, la Coupe du monde 1998 et l'Euro 2016. Avec plus de 38 000 places, il peut contenir plus que la population de Lens.
Le Bollaert Tour permet de visiter vestiaires, salle de presse et bord de terrain. Réservation auprès de l'office de tourisme.
Un coup de poussier ravage plus de cent kilomètres de galeries et tue officiellement 1 099 mineurs. C'est la plus grande catastrophe minière d'Europe. Vingt jours plus tard, treize rescapés ressortent seuls de la mine. Les victimes non identifiées reposent dans la fosse commune de Méricourt, appelée « le Silo ».
Un coup de grisou à la fosse 3 de Liévin tue 42 mineurs. C'est la catastrophe la plus meurtrière des mines françaises depuis la guerre, alors que le bassin est déjà en train de fermer. Une stèle rappelle le drame, et une cérémonie a lieu chaque 27 décembre.
Chaque année, autour du 4 décembre, la Sainte-Barbe, patronne des mineurs, est fêtée sur les sites miniers de Lens-Liévin, avec des spectacles de feu et de lumière. Le Louvre-Lens a d'ailleurs été inauguré un 4 décembre.
Sur le carreau de l'ancienne fosse Delloye, exploitée jusqu'en 1971, c'est le grand musée de la mine en France. Il est ouvert depuis 1984 et reçoit plus de 150 000 visiteurs par an. La visite des galeries reconstituées, guidée et incluse dans le billet, permet de comprendre le travail au fond, de la pioche aux haveuses.
Une fosse conservée dans son jus, avec ses chevalements et sa salle des machines. Des anciens mineurs y entretiennent encore les machines d'extraction. Le site accueille aussi une salle de concert, le Métaphone, dont la façade s'illumine. Visites guidées courtes et peu chères.