Grande Guerre · Seconde Guerre mondiale

Les crêtes de la mémoire

Au sud et à l'ouest de Lens, deux collines ont concentré parmi les combats les plus meurtriers du front Ouest : la crête de Vimy et l'éperon de Lorette. On y trouve aujourd'hui, à quelques kilomètres les uns des autres, des mémoriaux et des cimetières de nombreuses nations.

Givenchy-en-Gohelle · Vimy · 10 km de Lens UNESCO 2023

Le mémorial national du Canada à Vimy

Le lundi de Pâques 9 avril 1917, à l'aube, les quatre divisions du Corps canadien montent ensemble à l'assaut de la crête de Vimy. C'est la première fois qu'elles combattent côte à côte. En quatre jours, elles prennent une hauteur que les offensives françaises et britanniques n'avaient pas réussi à tenir. Le prix est lourd : environ 3 600 morts et plus de 7 000 blessés. Au Canada, la bataille est vite devenue un symbole de la naissance de la nation.

Au sommet de la crête, les deux pylônes blancs du sculpteur Walter Seymour Allward s'élèvent à 30 mètres. Il a fallu onze ans de chantier et environ 6 000 tonnes de calcaire venu de l'Adriatique. Le roi Édouard VIII l'inaugure le 26 juillet 1936. Le monument porte vingt figures sculptées. Sur ses murs sont gravés les noms des 11 285 soldats canadiens morts en France sans sépulture connue. Restauré, il a été réinauguré le 9 avril 2007, pour le 90e anniversaire de la bataille.

Face à la plaine se tient Canada en deuil, une femme voilée taillée dans un seul bloc de pierre. Elle regarde vers l'est, vers la plaine de Douai. Depuis la crête, on voit aussi, au nord, le bassin minier et les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle par temps clair.

La statue Canada en deuil au mémorial de Vimy, sous la neige, face à la plaine de Lens et aux terrils jumeaux
« Canada en deuil » contemple la plaine. À l'horizon, les terrils jumeaux du 11/19. Janvier 2025.

Le parc : tranchées, cratères et souterrains

Cratères d'obus et de mines couverts de neige dans le parc de Vimy
Le sol du parc reste bouleversé par les obus et les mines. Janvier 2025.

La France a concédé à perpétuité au Canada un parc de 107 hectares autour du monument. Le terrain n'a jamais été nivelé : les cratères de mines et d'obus forment encore une mer de bosses, aujourd'hui couverte d'herbe et de pins plantés après la guerre. Des moutons y entretiennent les zones encore dangereuses, interdites au public.

Près de l'entrée, on peut marcher dans des tranchées reconstituées avec des sacs de sable en béton. Les lignes canadiennes et allemandes n'y sont séparées que de quelques dizaines de mètres. Sous terre, le souterrain Grange abritait des troupes avant l'assaut, et une partie se visite avec un guide.

Le centre d'accueil et d'éducation, ouvert en 2017, raconte la bataille et la participation canadienne. Des étudiants canadiens y guident gratuitement les visites des tunnels et des tranchées, en français et en anglais.

En pratique. Le parc, le monument et le centre d'accueil sont gratuits. Les visites guidées partent sans réservation, dans la limite des places. Le centre ferme quelques semaines en hiver et les horaires changent selon la saison : consultez le site d'Anciens Combattants Canada avant de partir. Chaque 9 avril, une cérémonie y commémore la bataille.

Photos de Vimy : janvier 2025.

Ablain-Saint-Nazaire · 12 km de Lens

Notre-Dame-de-Lorette et l'Anneau de la Mémoire

UNESCO 2023Accès libre

La nécropole nationale

D'octobre 1914 à l'automne 1915, Français et Allemands se disputent mètre par mètre cet éperon qui domine la plaine de Lens. Sur la colline repose aujourd'hui la plus grande nécropole militaire française : environ 40 000 soldats, dont 20 000 dans des tombes individuelles et plus de 20 000 inconnus réunis dans des ossuaires.

Deux édifices dessinés par l'architecte lillois Louis-Marie Cordonnier dominent les alignements de croix : une basilique de style néo-byzantin et une tour-lanterne de 52 mètres, dont le phare balaie la nuit la plaine. L'ossuaire abrite les restes de soldats inconnus de chaque conflit.

Accès libre Inauguré le 11 novembre 2014

L'Anneau de la Mémoire

Juste à côté de la nécropole, un grand anneau de béton sombre se pose en porte-à-faux au bord de la colline. À l'intérieur, 500 panneaux de métal doré portent 579 606 noms : ceux des soldats morts dans le Nord et le Pas-de-Calais entre 1914 et 1918.

L'idée de l'architecte Philippe Prost est simple et forte : les noms sont rangés par ordre alphabétique, sans distinction de nationalité, de grade ni de religion. Un Allemand, un Britannique et un Français tombés sur la même crête peuvent ainsi se retrouver côte à côte. Le dernier panneau est resté vierge.

Vue panoramique de l'intérieur de l'Anneau de la Mémoire : la pelouse centrale et les panneaux de noms
L'intérieur de l'Anneau : les panneaux de noms tout autour, la pelouse au centre. Juin 2024.

Photos de Lorette et de l'Anneau : juin 2024.

Les musées privés de Lorette. Le « Musée vivant 14-18 », installé au pied de la basilique avec sa tranchée reconstituée, a fermé ses portes le 31 décembre 2025 et sa collection a été mise en vente. Son second site, le musée de La Targette à Neuville-Saint-Vaast, est concerné par la même fermeture. Appelez avant de vous déplacer. Le Centre d'histoire de Souchez reste la référence pour comprendre les combats.
Souchez · au pied de Lorette

Le Centre d'histoire du Mémorial 14-18

Un bâtiment de cubes de béton noir, dessiné par Pierre-Louis Faloci, ouvert en juin 2015 au pied de la colline. On l'a d'abord connu sous le nom de « Lens'14-18 ». Il fait aujourd'hui partie du Mémorial'14-18, qui réunit aussi la nécropole et l'Anneau.

Le centre ne présente pas d'objets. Il montre plus de 300 photographies grand format, des films d'époque et des cartes animées. Le parcours ne se limite pas aux tranchées : il raconte aussi l'occupation des villes minières, l'exode des civils et la reconstruction. C'est le meilleur point de départ avant de monter à Lorette ou à Vimy.

Gratuit Fermé le lundi et le mardi, ainsi qu'en janvier. Horaires sur memorial1418.com.

Pourquoi tant de nations ici ?
De 1914 à 1918, le front coupait l'Artois du nord au sud. Lens, Liévin et les fosses restaient côté allemand. Arras et Béthune restaient côté allié. Les crêtes de Lorette et de Vimy, tenues par les Allemands, ne furent reprises qu'en 1915 et en 1917. Soldats français (dont la division marocaine), britanniques, canadiens, néo-zélandais, australiens, indiens, volontaires tchèques et polonais de la Légion étrangère, et allemands se sont succédé sur quelques kilomètres carrés. Beaucoup y ont laissé un cimetière ou un monument.
Neuville-Saint-Vaast · Souchez

Les cimetières militaires

Entre Lorette et Vimy, la route de Béthune à Arras traverse un chapelet de cimetières, chacun avec son architecture nationale.

UNESCO 2023 Neuville-Saint-Vaast

Le cimetière allemand de la Maison-Blanche

Le plus grand cimetière allemand de la Grande Guerre en France : près de 45 000 soldats, dont plus de 8 000 dans une fosse commune. Des croix noires, quatre noms par croix, sur près de 8 hectares.

UNESCO 2023 Neuville-Saint-Vaast

La nécropole de La Targette

Plus de 12 000 tombes des deux guerres, surtout des soldats français tombés en Artois en 1915, mais aussi des Belges et des Polonais de 1940. Le cimetière britannique de La Targette lui est attenant.

UNESCO 2023 Neuville-Saint-Vaast

Le cimetière tchécoslovaque

206 tombes : 70 soldats de la Grande Guerre, dont des volontaires tchèques de la Légion étrangère tombés en mai 1915 à l'assaut de la crête, et 136 soldats tchécoslovaques de 1939-1945. C'est le seul cimetière national tchécoslovaque du front Ouest. Face à lui, un monument de Maxime Real del Sarte honore les volontaires polonais.

Souchez · Commonwealth

Cabaret-Rouge British Cemetery

Plus de 7 600 sépultures, dont plus de la moitié de soldats non identifiés. En mai 2000, on y a exhumé le Soldat inconnu canadien, aujourd'hui inhumé devant le monument aux morts d'Ottawa.

Ces lieux sont présentés plus en détail sur le site Patrimoine de Neuville-Saint-Vaast ↗, qui raconte aussi l'histoire du village rasé en 1915.

Loos-en-Gohelle · aux portes de Lens

Loos : le Loos Memorial et la Cote 70

UNESCO 2023 Bataille de Loos, 1915

Dud Corner et le Loos Memorial

Le 25 septembre 1915, l'armée britannique lance l'offensive de Loos et emploie pour la première fois des gaz. Le cimetière de Dud Corner occupe l'emplacement d'une redoute allemande prise ce jour-là. Son nom viendrait des nombreux obus non explosés, les duds, retrouvés sur place.

Les murs qui l'entourent forment le Loos Memorial, de l'architecte Herbert Baker. Inauguré en 1930, il porte les noms de plus de 20 000 soldats du Commonwealth disparus dans le secteur.

Bataille de la Cote 70, août 1917

Le parc commémoratif de la Cote 70

Quatre mois après Vimy, du 15 au 25 août 1917, le Corps canadien prend la Cote 70, une hauteur qui domine Lens. La bataille est longtemps restée dans l'ombre de Vimy. Un monument l'honore depuis 2017 : un obélisque de pierre, un amphithéâtre, un pavillon d'interprétation et six allées dédiées aux soldats décorés de la Croix de Victoria.

hill70.ca ↗

Arras · 20 km de Lens

La carrière Wellington

Sous Arras s'étend un dédale de carrières de craie creusées depuis le Moyen Âge. Pendant l'hiver 1916-1917, environ 500 tunneliers néo-zélandais, dont de nombreux Maoris, les relient entre elles. Ils baptisent les galeries du nom de leurs villes : Wellington, Auckland, Nelson…

Dans la nuit précédant le 9 avril 1917, le jour même de l'assaut de Vimy, 24 000 soldats du Commonwealth attendent à vingt mètres sous terre. À l'aube, ils surgissent au pied des lignes allemandes. On descend aujourd'hui en ascenseur pour une visite guidée, émouvante, au milieu des graffitis laissés par les soldats.

Payant Visites guidées tous les jours, sauf environ trois semaines en janvier. Réservation conseillée sur carrierewellington.com.

20 msous les pavés d'Arras
24 000soldats cachés avant l'assaut
9 avril 1917le même jour que Vimy
La ville dans la guerre

Lens, ville martyre

Lens est occupée par l'armée allemande dès octobre 1914 et ne sera libérée qu'en octobre 1918. Pendant quatre ans, la ville se trouve juste derrière la ligne de front. Les habitants sont évacués, et les puits sont noyés et dynamités par l'occupant lors de son retrait. À l'armistice, il ne reste presque rien : la ville est détruite à plus de 90 %.

C'est cette table rase qui explique le visage actuel de Lens. Ville, Compagnie des mines et particuliers reconstruisent tout dans les années 1920, d'où la grande richesse de façades Art déco et la gare en forme de locomotive (voir Mine & terrils).

Sur la place du monument aux morts, la Ville est représentée par une figure de femme. Autour d'elle se tiennent un mineur, un poilu et une mère fuyant avec son enfant : l'occupation et l'exode y comptent autant que les combats.

Seconde Guerre mondiale · Arras

Le mur des fusillés

Dans les fossés de la citadelle d'Arras, les autorités allemandes ont fusillé 218 résistants entre août 1941 et juillet 1944. Le plus jeune avait seize ans et demi, le plus âgé soixante-neuf. Parmi eux, 130 étaient mineurs. Le bassin minier a payé cher son engagement, depuis la grande grève patriotique de mai-juin 1941, quand plus de 100 000 mineurs ont cessé le travail en pleine occupation.

Le mémorial est sobre : une réplique du poteau d'exécution et 218 plaques nominatives alignées le long du mur. On y accède librement, dans l'enceinte de la citadelle.

Le mur des fusillés de la citadelle d'Arras, avec ses plaques nominatives
Le mur des fusillés, citadelle d'Arras. Photo René Bellanger
Suggestion

Une journée sur les crêtes

Tous ces lieux tiennent en une journée, avec une soixantaine de kilomètres de voiture.

  1. Matin : le mémorial de Vimy. Arrivez tôt pour la visite guidée des tunnels, puis montez au monument.
  2. Cabaret-Rouge, sur la route de Souchez.
  3. Le Centre d'histoire de Souchez, à l'ouverture, pour comprendre le contexte.
  4. Notre-Dame-de-Lorette et l'Anneau de la Mémoire. Pique-nique avec la vue sur la plaine.
  5. Neuville-Saint-Vaast : les cimetières allemand, français et tchécoslovaque.
  6. Fin de journée à Arras : la carrière Wellington, puis le mur des fusillés à la citadelle.