Le premier Louvre hors de Paris s'est posé sur le carreau d'une ancienne fosse, au milieu des cités minières. Ce site a suivi son arrivée depuis 2005. Voici le musée tel qu'il est aujourd'hui, puis l'histoire de sa venue.
Pour leur musée, les architectes japonais de l'agence SANAA, Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, ont choisi de ne pas imposer de monument. Cinq volumes bas de verre et d'aluminium anodisé s'alignent sur 360 mètres. Ils ne dépassent jamais 6 mètres de haut et suivent la légère courbe du terrain. L'aluminium poli reflète en flou le parc, le ciel et les visiteurs : le bâtiment semble presque se dissoudre dans le paysage.
Au centre, un grand hall vitré sert d'accueil et d'agora, ouvert sur le parc des deux côtés. On y circule librement, comme dans une place publique.
Le choix du lieu n'est pas anodin. Le musée occupe le carreau de la fosse 9 de la Société des Mines de Lens, fermée en 1960. Autour, la cité 9 et son église Saint-Théodore sont restées debout.
C'est le cœur du musée et sa grande originalité. Dans une seule salle de 3 000 m², sans cloisons, quelque 250 chefs-d'œuvre venus du Louvre sont présentés dans l'ordre chronologique. Le visiteur remonte le temps en marchant : les civilisations et les techniques se côtoient, et un vase grec voisine avec une statue égyptienne de la même époque.
Pour ses douze ans, la Galerie a été entièrement refaite et a rouvert le 4 décembre 2024. Elle va désormais de la Préhistoire à aujourd'hui, avec des prêts d'autres musées nationaux et des œuvres d'artistes contemporains. Plus de 200 habitants du territoire ont participé à l'écriture des outils de médiation.
L'entrée de la Galerie du temps est gratuite, comme celle du Pavillon de verre.
« Les mineurs ont tant donné à la France que la France peut bien leur donner le Louvre. » Roger Devochelle, phrase affichée sur le terrain de la fosse 9 en 2005 (voir la chronique plus bas)
Vingt hectares dessinés par la paysagiste Catherine Mosbach. Les anciens cavaliers, ces voies ferrées qui emportaient le charbon, sont devenus des allées. Le parc compte onze entrées et relie le musée aux cités voisines et au stade Bollaert. Il est en accès libre.
Sous la Galerie, des réserves visibles et un atelier de restauration permettent d'apercevoir le travail des équipes. Ils se découvrent lors de visites accompagnées ponctuelles. Le centre de ressources et la Mezzanine, qui accueille des expositions gratuites, complètent la visite.
Inauguré en 2019 à quelques centaines de mètres, il peut abriter jusqu'à 250 000 œuvres des réserves du Louvre, mises à l'abri des crues de la Seine. Il n'est pas ouvert au public, sauf lors d'occasions exceptionnelles comme les Journées du patrimoine.
Site officiel du Louvre-Lens ↗
Informations vérifiées en octobre 2026.
Ce site est né en 2005 pour suivre le projet pas à pas. Voici cette histoire, avec les photos et les espoirs de l'époque.
L'État veut rapprocher ses grands musées des régions et lance en 2004 un appel à candidatures pour une antenne du Louvre. Arras, Boulogne-sur-Mer, Calais, Valenciennes et Lens se présentent dans le Nord-Pas-de-Calais, ainsi qu'Amiens en Picardie. Lens propose le carreau de son ancienne fosse 9. Début 2004, Lens monte un comité de soutien avec site internet et livres d'or. Fin mai, plus de 6 500 signatures et 800 témoignages sont envoyés. La ville est auditionnée au conseil régional le 24 juin, et le ministre de la Culture vient visiter le site en juillet.
Le Premier ministre annonce le choix de Lens. Le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, la ville organise une « fête du Louvre ». On annonce alors un musée de 17 000 à 22 000 m², environ 600 œuvres, un budget de 105 millions d'euros, 500 000 visiteurs par an… et une ouverture en 2008 ou 2009.
Le concours d'architecture attire 124 candidatures. Six équipes sont retenues en mai, dont Zaha Hadid, Steven Holl et Lacaton & Vassal. En septembre, trois finalistes s'affrontent : Rudy Ricciotti, SANAA et Zaha Hadid. Le jury, très partagé, finit par désigner les Japonais de SANAA.
L'anecdote de l'époque mérite d'être rappelée. Le projet de Ricciotti aurait été écarté parce qu'une partie du musée se trouvait en sous-sol. Or, selon le jury, le sous-sol, c'était le passé de la région, et son avenir devait se jouer en surface. Le budget annoncé monte à 117 millions d'euros.
Le futur site est défriché et ouvert aux curieux. Sur 20 hectares entre les arbres, on a planté de grands panneaux « Bienvenue au Louvre-Lens » en plusieurs langues, avec des phrases d'habitants recueillies pendant la candidature :
Ici, le futur Louvre-Lens
Stade Bollaert
Terrils jumeaux du 11/19
Tour du 19
« Une formidable bouffée d'Art pour Lens et notre région. »
« J'aime les statues dans les livres, à la télé, mais ça serait mieux de les voir en vrai. »
Le panneau, lui, promet : « Ici, en 2009, ouverture du Musée ». Sous l'article, les commentaires des lecteurs disent beaucoup de cette attente. L'un a « fait du cross sur ce terrain ». Un Lensois expatrié au Québec suit le projet de loin. D'autres craignent que les emplois n'aillent pas aux gens du coin.









Photos prises le 28 octobre 2005.
L'exposition « De la fosse 9 au Louvre-Lens » présente les maquettes des six projets d'architecture dans la Maison syndicale des mineurs. Le passé se visite dans un tunnel, l'avenir sous la verrière. Le symbole est fort.
Avant même la première pierre, la ville s'habille aux couleurs du musée. Des panneaux « Louvre » apparaissent à Lens. À Liévin, des pyramides lumineuses multicolores sont posées au milieu de la chaussée, à 1 500 mètres d'un musée qui n'existe pas encore.




L'association des amis du Louvre-Lens (A2L) voit le jour en janvier. En avril, le Crédit Mutuel Nord Europe signe la première convention de mécénat et devient mécène fondateur. Le 14 mai, la première Route du Louvre relie Lille à Lens : près de 8 000 participants, dont plus de 2 700 marathoniens, traversent dix-huit villes. La course existe toujours, et arrive désormais dans le parc du musée.
Le centre de Lens se prépare aussi : trottoirs élargis, voies de bus, nouveaux chemins vers la gare.


Le chantier a pris du retard, mais il démarre en novembre 2009. La première pierre est posée le 4 décembre, encore une Sainte-Barbe. Le même jour, la Maison du projet ouvre dans l'ancien centre culturel Albert-Camus, avec une exposition de 500 m² pour expliquer le futur musée. Au printemps 2010, plus de 300 personnes travaillent sur le chantier.


Le Louvre-Lens est inauguré le 4 décembre 2012, jour de la Sainte-Barbe, la fête des mineurs. Quelques mois plus tôt, le 30 juin, le Bassin minier était inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le pari des « mineurs qui méritaient bien le Louvre » est tenu, avec trois ans de retard sur la promesse du panneau.


| Annoncé à l'époque | Réalité | |
|---|---|---|
| Ouverture | 2008-2009 (« Ici, en 2009… ») | Décembre 2012 |
| Surface | 17 000 à 22 000 m² | environ 28 000 m² |
| Fréquentation | 500 000 visiteurs par an | 490 044 entrées en 2025 |
| Œuvres | environ 600 | environ 250 dans la Galerie du temps, plus les expositions temporaires |